Certains vont devenir plus craintifs, angoissés parce qu’ils ont toujours l’impression qu’ils vont être attaqués. Et d’autres vont décider de réduire la violence et de devenir des diplomates et des sauveurs du monde. Les images violentes font que les enfants adoptent des positions beaucoup plus tranchées beaucoup plus jeunes, même dès la maternelle.
Pourquoi certains enfants restent « scotchés » à la télé ?
On ne peut pas parler d’addiction ou d’accoutumance car ce serait stigmatiser des enfants qui parfois n’ont pas le choix, ou ne peuvent pas faire autre chose. L’expérience menée au mois de juin à Strasbourg (visant à moins utiliser voire supprimer tous les écrans de la vie des enfants pendant 10 jours) a montré que les enfants eux-mêmes étaient prêts à ne plus regarder la télé si on leur proposait autre chose. Ils sont beaucoup moins « accro » aux écrans que les adultes. Les enfants qui regardent le plus la télé sont ceux dont les parents sont rivés à leur télé, selon une étude américaine. Cette expérience s’appelait « 10 jours pour voir autrement », cela veut dire essayer d’arrêter pendant 10 jours ou regarder moins mais regarder mieux, en choisissant les émissions, ou faire autre chose. Souvent ce qui pousse les enfants à allumer un écran, c’est de lutter contre le sentiment de solitude et d’abandon.
Diriez-vous que les écrans ne sont pas nocifs ?
Tout est question d’usage. Il faut apprendre à utiliser les écrans pour le meilleur de ce qu’ils peuvent nous apporter. Il ne faut pas les considérer comme quelque chose qu’on regarde mais quelque chose dont on parle : avant l’écran pour choisir l’émission qu’on va regarder, pendant pour commenter les images, et après pour dire ce que chacun en pense. Une autre chose importante : les parents doivent aussi montrer leurs émotions, surtout face à des images comme celles du journal télévisé, dire qu’ils trouvent des situations pénibles. Beaucoup d’enfants ont grandi en ayant l’impression que leurs parents étaient capables de regarder les horreurs des informations sans rien éprouver. Dans la logique enfantine, ne rien ressentir, être capable de tout voir sans émotion, c’est être grand. Certains enfants vont ensuite se soumettre à des images très pénibles pour eux – même s’ils serrent les dents – et dire ensuite, « j’ai tout vu, je n’ai pas pleuré, donc je suis un grand ».
Auteur de : Enfants sous influence, les écrans rendent-ils les jeunes violents ?
Propos recueillis par Elisa Deliège