Comment nos enfants jouent-ils au centre de loisirs ? Le jeu tient-il une place prépondérante dans les journées qu’ils y passent ? Nathalie Roucous, maître de conférence au département des Sciences de l’Education de l’Université Paris XIII, nous éclaire sur les tenants et les aboutissants du jeu dans les centres de loisirs sans hébergement (CLSH).
Quelle est la place de l’animateur dans ces grands jeux ?
Elle est majeure ! L’animateur est à la fois l’instigateur, le meneur et l’arbitre de ces grands jeux. Il y tient une place forte ce qui limite l’autonomie de l’enfant puisqu’il n’a pas le choix du jeu. De plus, très souvent on lui impose son équipe et il n’y a pas de jeu alternatif proposé pour ceux qui ne veulent pas y participer.
Comment réagissent les enfants face à ces jeux organisés ?
C’est variable en fonction des enfants, évidemment. Certains n’aiment pas le jeu que l’on va leur proposer ou alors ils n’ont pas envie d’y jouer à ce moment-là… Quand les animateurs « proposent », ils ont parfois des difficultés à faire participer tout le monde. Cela peut entrainer un rapport de force ou bien conduire l’animateur à « embobiner » l’enfant pour le faire rentrer dans le jeu. La question est pourquoi ne pas plutôt demander aux enfants ce qu’ils veulent faire ? Les animateurs font ce qu’ils apprennent en formation : on leur demande d’établir un programme d’animation avec des horaires. Pourtant, si on les laisse faire, les enfants vont jouer et même organiser seuls des jeux collectifs. Le centre de loisirs permet à l’enfant de mettre en place des jeux avec ses copains alors qu’à l’école il n’a pas le temps et que chez lui, il est seul, ou n’a pas l’espace requis.
Y a-t-il une démarche pédagogique derrière l’organisation de ces jeux ?
Si on demande aux animateurs de faire des programmes, c’est parce qu’il y a des objectifs pédagogiques. Cette volonté pédagogique forte conditionne tout ce que nous venons d’évoquer. C’est l’argument majeur pour ne pas laisser l’enfant jouer seul toute la journée car on a l’idée que l’enfant n’apprend pas quand il joue seul ou qu’il ne peut pas s’occuper longtemps. Dans les faits, quand on interroge les animateurs, ils ne savent pas vraiment quels sont les objectifs pédagogiques. Tout cela est très flou. La pédagogie, c’est le grand discours du monde de l’animation et c’est dommage. Le problème du centre de loisirs, c’est qu’il est focalisé sur une idée d’éducation et qu’il oublie qu’il s’appelle centre de loisirs. Il est proche de l’école en terme de rythme, d’exercice et de contrôle de l’enfant. A vouloir faire des activités pour développer des compétences, on perd le loisir. Il faudrait arriver à ne plus faire d’éducatif.
Propos recueillis par Marjoliemaman.