Ce n’est pas dans la culture de l’école que de dire « on apprend en jouant » mais dans les faits, on se sert du jeu pour apprendre. Tout dépend de la définition que l’on donne au jeu. C’est un moyen détourné pour arriver à un objectif. Il peut être une façon de motiver, de redonner de l’intérêt chez l’enfant.
Ce que l’on appelle « jeu » n’est pas forcément lié à un jouet qu’on trouve dans le commerce, aussi éducatif soit-il. Il peut se trouver dans n’importe quelle activité de la journée : utiliser les ardoises pour travailler la rapidité ; les sports collectifs apprennent à respecter des règles, ses camarades, se concentrer sur un résultat tout en construisant une socialisation.
Le jeu pour le jeu n’a pas sa place à l’école, même si dans des cas bien particuliers le jeu « de loisir » peut intervenir. Des jeux éducatifs basés sur la connaissance ou la stratégie présentent de nombreux atouts, comme les échecs qui renforcent certaines parties en maths, en déplacement, etc. Il existe aussi des jeux très ludiques aux vertus pédagogiques : le Jungle Speed (voir deux cartes identiques avant ses adversaires et s'emparer aussitôt du totem placé au centre de la table). Rapidité, réflexe, observation sont ainsi travaillés. Avec le Uno (nouvelle version du 8 américain), l’enfant un peu bagarreur ou peu attentif va devoir apprendre à rester concentré et à perdre parfois.
Les jeux doivent servir à apprendre mais aussi à laisser une certaine autonomie aux enfants. On leur rappelle ce qu’ils doivent savoir avant de commencer, comme les règles, mais on les laisse seuls les manipuler. Etre présent derrière eux mais les laisser évoluer. Notre rôle n’est pas toujours frontal, comme de répéter une leçon face aux élèves, et eux d’écouter et de se taire en écrivant. Ou faire des exercices type Bled où la correction est notée au tableau. A travers le jeu, ils vont travailler une compétence plus ou moins spécifique de notre choix, et on se met en arrière uniquement pour les seconder.
Jouer pour rester concentré et assimiler
Ce n’est pas facile pour des enfants de rester sur la même activité, attentifs pendant une heure. Une séance varie entre 30 et 40 minutes. Le jeu sert de leurre. C’est un autre moyen de revenir sur la connaissance et l’objectif qu’on a déjà travaillé, sans forcément créer l’effet de répétition. Mais le jeu seul ne vaut pas grand-chose. Introduire chaque notion ou activité par le jeu, c’est peine perdue car une lassitude s’installe. Il faut varier les approches. On peut avoir préparé quelque chose, et une fois arrivé devant les enfants, tout change parce qu’il y aura un impondérable auquel on n’aura pas pensé. Il faut toujours s’adapter car le résultat obtenu par le jeu dépend de la sensibilité des enfants. Certains vont être visuels, d’autres auditifs. Le jeu est un bon moyen pour enseigner mais limité et court dans le temps. Il est surtout utilisé pour redynamiser, attirer l’attention. Si le jeu seul leur permettait d’acquérir les programmes, on ne ferait que ça. Mais cela n’est pas le cas.
Propos recueillis par Elisa Deliège.