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Rivalités entre frères et sœurs : comment les limiter ?

Par Catherine Jousselme, Pédopsychiatre

De cris en chamailleries, de bagarres en disputes, le quotidien d’une fratrie est rarement un long fleuve tranquille… Mais pas de quoi s’affoler ! Si les relations frères-sœurs peuvent être explosives, elles n’en sont pas moins tendres. Explications et conseils avec Catherine Jousselme, professeur de pédopsychiatrie à l’université de Paris-Sud.

Les jalousies et rivalités entre frères et sœurs sont-elles inévitables ?

Oui, et elles sont saines ! Nous sommes dans une société qui essaie d’abolir toute forme de conflit, qui dit aux parents : « Si vous emmenez votre petit à l’échographie ou que vous lui demandez de choisir le prénom de votre deuxième enfant, tout se passera bien. » C’est faux. La rivalité dans la fratrie est normale et constructive : elle permet au petit de s’apercevoir qu’il n’est pas seul au monde. C’est le début de son intégration dans les réseaux sociaux qui deviendront son quotidien.

Comment les parents peuvent-ils préparer au mieux l’arrivée d’un petit frère ou d’une petite sœur ?

Certes, on ne demande pas son avis ou son autorisation à un enfant, mais on peut l’associer à la grossesse. Toutefois, il faut respecter l’intimité du corps maternel : certains enfants peuvent être très angoissés face à une échographie, en imaginant un être vivant dans le ventre de leur mère… C’est pourquoi il faut savoir doser l’implication des enfants suivant leur caractère et leur sensibilité. Par contre, inciter le petit à mettre la main sur le ventre, parler du futur bébé, imaginer où il va dormir, où il sera gardé, tout cela peut se faire très naturellement.

Quand le bébé arrive, je pense qu’il faut également le présenter à son grand frère ou à sa grande sœur. Mais pas en 8e position, après le passage des grands-parents, des oncles, des tantes ou des cousins ! Après le papa, vient le tour de l’enfant : ce geste symbolique fort est une reconnaissance de sa place dans la famille.

Croyez-vous à un écart d’âge « idéal » entre deux enfants ?

Non. Chacun a ses avantages et ses inconvénients. Si les âges sont proches, ils auront sans doute des conflits communs et une collusion d’intérêt. S’il y a une grande différence entre eux, les enjeux de rivalité ne seront simplement pas les mêmes. Le bon écart, c’est celui où les parents ont envie de faire un autre enfant ! `

 

Comment se comporter face aux bagarres et disputes entre frères et sœurs ?

Déjà, je conseille de ne pas s’affoler, de ne pas se dire : « C’est horrible, mes enfants ne vont plus jamais s’aimer. » Il arrive que les parents réagissent comme cela car cette situation les renvoie à leurs propres histoires, ce qui n’est jamais facile…

Ensuite, c’est une question de limites à poser : on ne s’insulte pas, on ne se tape pas dessus, on se règle pas un conflit à coups de poing. A mon avis, les parents doivent également abandonner l’idée d’impartialité : on ne peut pas donner exactement la même chose à chaque enfant. La différenciation, ne serait-ce qu’en fonction de l’âge, est une bonne chose. Sans doute le plus petit aura-t-il du mal à accepter qu’il doit aller se coucher plus tôt et qu’il ne peut pas participer aux mêmes activités que son grand frère. Mais cette frustration lui donnera envie de grandir. Et puis, aménager des temps seul avec chaque enfant permet d’individualiser les relations et d’apaiser les conflits.

 

Y a-t-il des erreurs à éviter en tant que parents ?

Je pense qu’il est malvenu d’essayer de formater sa famille suivant l’image qu’on s’en fait. Il faut laisser son enfant faire ses choix, tâtonner, sans l’inciter à suivre les traces de son aîné. Ceci est particulièrement vrai pour les activités extrascolaires. Si le petit dernier veut faire de la batterie, ne lui répondez pas : « Non, chez nous, on fait du piano. » Je sais qu’il est toujours pratique, économiquement parlant, que les équipements achetés pour le grand servent également pour le deuxième, mais faire en sorte que tout le monde ait la même personnalité n’est pas une bonne idée.

De la même manière, il est fréquent que le cadet hérite des vêtements de ses grands frères. Cela peut être très pesant pour lui, surtout que les plus grands ne se gênent souvent pas pour lui rappeler que le pyjama qu’il porte a eu une vie antérieure ! Je conseille donc aux parents d’acheter des choses (mêmes petites) spécifiquement pour le petit dernier.

 

Comment inciter ses enfants à être complices ?

On ne peut pas créer une complicité. Celle-ci dépend de l’ambiance dans la famille et des affinités dans la fratrie. La complicité est comme l’amour, elle ne se commande pas. Si, en général, on aime ses frères et sœurs, on n’est pas forcément proches d’eux. Par exemple, si l’un des enfants est en échec scolaire et l’autre brillant, il y aura une distance entre eux… Et ce n’est pas grave !

Par contre, quand une haine destructrice s’instaure entre enfants, que l’un des deux s’emploie à écraser ou humilier l’autre, il y a de quoi s’inquiéter. Cela est souvent lié à un événement dans la fratrie ou dans la famille, comme une maladie ou un accident. Si l’un des enfants a l’impression que l’autre prend toute la place, il peut très mal le vivre. Dans ces cas-là, il peut être utile de consulter pour dénouer la situation.

 

Propos recueillis par Natacha Czerwinski.

 

Par Catherine Jousselme, Pédopsychiatre


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Tous les commentaires

  • mimirikiki (le 14/11/11 à 14H56)Je suis maman de 2 enfants qui ont 4 ans 1/2 d'écart (une fille et un garçon ensuite). Quand je suis rentrée de la maternité avec son petit frère, il y avait un joli paquet dans son couffin pour elle. C'était une gourmette lui expliquant qu'à partir de ce jour, elle était une grande soeur. Elle l'attendait avec impatience même si elle préférait avoir une soeur. Elle s'est assise sur le canapé et je lui ai déposé au creux de ses bras. Elle était tellement fière. Et puis, comme je n'ai pas allaité, elle a pu lui donner un peu le biberon. Le lendemain, elle n'est pas allée à l'école. Non, elle m'a aidé à lui donner son bain en lui rinçant ses tous petits pieds. Ma fille n'a jamais réclamé de petit frère ou petite soeur. Je ne savais pas qu'elle aimerait en avoir. Quand elle l'a prise dans ses bras, elle m'a regardé et m'a dit "Je suis contente, car maintenant je ne suis plus toute seule". Aujourd'hui il a 2 ans, il lui pique ses feutres, lui abîme ses affaires, mais il y a énormément d'amour entre eux deux. Ils se disputent mais ils se cherchent dès qu'ils sont éloignés. Je suis une maman comblée !!! Et pour rien au monde, elle ne voudrait se séparer de son frère (même pour une petite soeur - hihi)
  • Mamounne (le 09/11/11 à 20H44)Idée d'une très vieille maman ...Quand je suie rentrée de la maternité avec ma fille (33ans à ce jour ) le bébé a apporté un superbe vélo rouge à son grand frère ( 36 ans à ce jour ). Quelle joie , et une acceptation immédiate de la petite soeur !!! Demander aussi aux proches d'apporter un petit cadeau pour le " grand " .Il ne se sentira pas "exclu"!
  • meneue (le 07/04/11 à 18H48)je suis mère de 2 garçons 9 ans et 3 ans ,ils sont jaloux l'un de l'autre, mais ont aussi des moments de jeux et de complicité,ils leur arrivent très souvent de se chamailler dans ces cas là ,je laisse faire,par contre quand le petit essaie de taper ,j'interviens en expliquant que la violence ne fait pas avancer les choses et si ça dégénère (ce qui est arrivé 2 ou 3 fois) je puni chacun dans leur chambre pour se calmer ,mais je m'inquiète pas ,j'ai vécu la meme chose avec mon frère (5 ans d'écart) ,enfant on se chamaillait ,vers 14 ans pour moi et 19 ans pour lui,on s'ignorait et devenu adulte on s'entendait mieux,maintenant on a 35 et 40 ans et on s'entend très bien, nos enfants nous ont aussi rapprochés

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