« Maman, m’aimes-tu ? »
Héloise et sa sœur, une grande histoire d’amour, pourtant. Le matin, c’est vers Camille qu’Héloise se précipite pour lui dire bonjour, avant sa maman, et elle lui fait un gros câlin ! « Je l’aime très fort, ma petite sœur, elle est vraiment mignonne ».
Sa jalousie se manifeste de temps en temps, comme cela, mais aussi dans sa façon de vouloir constamment attirer l’attention sur elle, de me tester, je crois. Je sais bien que derrière ces manifestations de jalousie, il y a un « maman, m’aimes-tu ? »
Organiser une journée exclusive avec chaque enfant
Dans ces moments-là, quand je sens qu’un doute s’est introduit dans son esprit sur l’amour que je lui porte, et que la jalousie ne fait que révéler, je décide d’organiser un temps exclusivement pour elle.
Pendant les dernières vacances de Noël, nous sommes restés à Paris, où nous vivons, elle pleurait très souvent sur les cadeaux que sa sœur avait reçus et pas elle. Mais aussi sur le fait que sa sœur, malade, dormait dans notre chambre, et pas elle. Ses cris, ses hurlements, ses crises de colère quotidiennes me la rendaient… exaspérante. Je m’énervais, je lui hurlais dessus autant qu’elle me répondait… jusqu’au jour où j’ai identifié cette jalousie. Alors j’ai expliqué à son frère et sa sœur que c’était notre journée à toutes les deux, qu’il y en aurait aussi une pour chacun. Ils ont paru très bien le comprendre. J’ai tout d’abord passé ma matinée à fabriquer des cartes de vœux, activité qu’elle adore, exclusivement avec elle. Puis, à l’heure où sa petite sœur faisait la sieste, je lui ai montré que je la traitais en grande fille en l’emmenant à la piscine avec moi… Il m’en a énormément coûté de me mouiller, au sens propre comme au figuré, car ce jour-là, je n’en avais AUCUNE envie, et il faisait –7° dehors, il y avait de la neige… Mais la crêpe au Nutella m’a autant réconfortée qu’elle en sortant, et j’ai pris autant de plaisir qu’elle à terminer notre petite escapade à deux au cinéma devant un bon dessin animé de Noël…
Après cette journée, qui nous a rapprochées, j’ai constaté une nette amélioration de ses rapports avec sa sœur, et… avec sa maman ! Je me suis aussi détendue vis-à-vis d’elle.
Dédramatiser la jalousie
Enfin, il arrive que la jalousie qui s’exprime soit grave, à mon sens. Quand je perçois que ce n’est pas l’objet du désir (la poupée), mais le désir de sa sœur lui-même qui est envié. J’y vois, chez Héloise, une forme de jalousie de ce qu’est Camille, de son être, et de son existence. Je réagis alors vite car je crois que ça révèle qu’Héloïse oublie de se regarder, de voir ce qu’elle a de bien et de beau en elle, et quels sont ses désirs propres. Alors j’essaie de les lui montrer. De valoriser ses qualités propres. De trouver l’occasion de lui dire à quel point je la trouve très vive, drôle, sensible et volontaire.
L’autre jour elle m’a fait un magnifique collier, avec des perles de toutes les couleurs. Elle y a passé un temps fou. Parfois je lui disais que le trou des perles était trop petit pour son fil, que ça ne servait à rien d’y perdre son temps. Mais elle s’acharnait. Alors je l’ai félicitée d’être si volontaire, je lui ai dit qu’avec une telle volonté, elle réussirait à faire ce qu’elle aime dans la vie. J’essaye aussi de valoriser sont statut d’ainée des filles. Autre astuce qui fonctionne et désamorce souvent les accès de jalousie : lui montrer ce qu’elle a de propre (sa vivacité, par exemple) en la faisant rire. Des guilis, un zeste d’humour, ou des paroles valorisantes : « tu as vu comme tu es agile à ski ? Déjà ton ourson ! Camille est trop petite pour l’avoir ! ». Tout l’art est alors de dédramatiser… la jalousie.