Je pense qu’il est également essentiel d’essayer de voir le monde à travers les yeux de l’enfant. Si, un soir, il refuse catégoriquement d’aller prendre son bain, il faut tâcher de comprendre pourquoi : peut-être est-ce l’hiver, peut-être n’a-t-il pas envie de se déshabiller… Sans doute qu’en surchauffant la salle de bains, le problème sera résolu.
Proposer des choix (« tu préfères manger tes haricots avant ou après ton dessert ? ») et laisser l’enfant expérimenter lui-même les choses permet aussi de débloquer des situations.
Vous dites que les limites sont une question d’écoute des émotions…
Oui. Je ne les conçois pas comme une problématique liée à l’autorité. Toutes les bêtises ont un sens. Si le petit a agi par maladresse, on devrait lui dire : « Ne t’inquiète pas, ce n’est pas grave », comme on fait lorsqu’un de nos amis casse un verre chez nous.
Si l’enfant a un comportement inapproprié, qu’il fait une crise de rage ou de larmes, cela peut être un signal d’alarme. Sans doute vit-il un moment difficile (une souffrance à l’école ? Un divorce ? Un déménagement ?) Aux parents de le décoder et de se dire que cette attitude vient d’une blessure et qu’elle n’est pas faite pour les tester ou les manipuler.
Enfin, il y a la catégorie « exploration » : le bébé fait tomber 150 fois d’affilée une petite cuillère, le petit laisse couler l’eau de la baignoire jusqu’au débordement, etc. Pour éviter les catastrophes, on peut proposer une activité approchante (mettre une bassine d’eau dans le jardin, permettre de jouer avec des ustensiles en bois ou en plastique). Quand un enfant est concentré sur une activité et qu’il se sent en sécurité auprès de ses parents, il n’est pas rare qu’il s’y consacre complètement.
Ce type de solutions n’est pas toujours facile à trouver au quotidien !
On ne peut bien sûr pas faire de l’écoute des émotions sur tout. Il y a parfois des situations d’urgence. Quand le petit court pour traverser un boulevard, on n’a pas le temps de lui expliquer, il faut juste le retenir physiquement. Mais sans le blesser. Quand il s’attaque à d’autres, qu’il mord ou tape, il est également nécessaire d’intervenir fermement, en disant : « Je ne suis pas d’accord pour que tu fasses ça. »
Et pour ce qui est des caprices, comment procéder ?
Il n’y a qu’aux enfants et aux femmes qu’on reproche de faire des caprices ! L’enfant a pourtant le droit de désirer quelque chose très fort ! On déplore que les petits nous poussent dans nos retranchements mais c’est à nous de nous positionner, de dire non. Bien sûr, dans ces cas-là, on doit s’attendre, en tant que parents, à accueillir des émotions difficiles. Notre « Non » génère une souffrance qui sera déchargée par le biais du chagrin ou de la colère. Mais généralement, ce genre de crise ne dure qu’une quinzaine de minutes.
A votre sens, y a-t-il des cas où la punition se justifie ?
Non, car elle est conçue pour faire souffrir. Mais on peut demander à l’enfant de réparer ce qu’il a fait, sans toutefois manifester de la colère ou générer de la culpabilité chez lui. En décrivant la situation de façon neutre (« Il y a de l’eau sur le sol de la salle de bains »), il y a de fortes chances que vous voyez arriver une petite personne toute prête à résoudre le problème…
A mon avis, il est également important de faire en sorte que l’enfant soit à la base de la réparation. Par exemple, s’il s’est battu avec un camarade d’école, les parents peuvent faire office de médiateurs en demandant : « Qu’est-ce que tu comptes faire pour l’aider ? » Lorsqu’on oblige un enfant à s’excuser, il joue souvent la comédie. Lui laisser trouver une solution est plus efficace. Sans compter que cela fait grandir son estime de lui-même.
Propos recueillis par Natacha Czerwinski.