Une loi sur la fessée, c'est la criminaliser

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Une loi sur la fessée, c'est la criminaliser

Par François-Xavier Vial, Professeur au lycée de La Vallée de Chevreuse

fessee

La proposition choc d'Edwige Antier, célèbre pédiatre et député UMP, d'interdire la fessée par une loi qui suscite la perplexité des communautés médicales et intellectuelles. Une initiative qui en dit long sur les tendances de notre société. Nous en parlons avec François-Xavier Vial, Professeur agrégé en Sciences Sociales.


Que pensez-vous de l'idée d'Edwige Antier de faire interdire la fessée par une loi ?

Je ne suis pas du tout d'accord avec cette idée. D'un point de vue purement légal, le droit de la famille ressort du Code Civil, il sert à faire en sorte que les intérêts des individus ne soient pas lésés dans un cadre familial.

Le droit civil s'occupe de réparer les fautes, détermine les responsabilités civiles et assure la protection des intérêts des personnes. Au contraire, le droit pénal s'applique de la même façon, que ce soit dans la famille ou hors de son cadre. Coups et blessures, violence, violence aggravée sur mineur... Ce sont des délits punis par la loi.  Je ne vois pas la nécessité de faire un droit spécifique à cette histoire de fessée. Concernant les droits des enfants, tout existe déjà !

 

Mais vous êtes pour la fessée ?

Franchement, ce n'est pas du tout le sujet en fait ! Je ne peux pas répondre à cette question parce que je ne sais pas ce que c'est que la fessée. C’est toujours différent et particulier, selon les situations, selon les parents et les enfants. Je pense très simplement que la violence ne règle rien, mais je ne pense pas non plus qu'expliquer à un enfant pendant une demi-heure pourquoi il n'a pas le droit de faire ci ou ça soit une bonne chose. Donc qu'est-ce que c'est que la fessée : de la violence physique ? Le jour ou elle sera interdite par la Loi, elle sera remplacée par quoi ? Le harcèlement moral ? La cruauté mentale a donc de beaux jours devant elle.

 

Qu'est-ce qui vous choque dans cette proposition de loi sur la fessée ?

La question est de savoir pourquoi on veut à tout prix faire intervenir la loi dans les affaires intimes. Je trouve essentiel de défendre la non-ingérence de l'Etat dans la sphère privée. Il y a un droit qui s'applique à tout le monde selon la situation. Un délit spécifique concernant la question de la fessée est un sujet délicat sinon inepte. Comment fait-on appliquer cela ? Quel est l'arsenal policier que l'on instaure derrière ? Délation des voisins, de l'école, des travailleurs sociaux que l'on va positionner en espions, numéro vert... Les enfants vont dénoncer leurs parents ? Émile Durkheim écrit dans Les règles de la méthode sociologique : « Nous appelons crime ce qui est puni. » Les causes n'apprennent rien sur le crime, il ne se définit que par le traitement dont il fait l'objet. Le législateur constitue le crime en tant que tel par un traitement social particulier : l'application d'une peine. Faire une loi sur la fessée, c'est criminaliser la fessée. Je me répète mais la fessée ça ne veut rien dire, tout dépend du contexte. Tuer en période de guerre, c'est « recommandé », en période de paix, c'est une autre affaire !

 

Qu'est ce que ça dit de notre société ?

Légiférer là-dessus, c'est caractéristique d'une tendance assez dramatique à mon sens, mais bien réelle : les gens ne savent plus comment gérer leur différents, comment réguler leur vie privée. Ils sont très en demande de la Loi, qui fonctionne comme la dernière valeur refuge. Nos sociétés libérales s'engouffrent aujourd'hui dans un radicalisme de la démocratie : on dirait que les individus doivent être protégés de tout, même du collectif. L'effet pervers de cette tendance c'est une société avec des citoyens sous surveillance, et surtout avec des lois qui ne s'appliquent jamais ! Et puis, on ne cesse de dresser les parents contre les enfants. Les parents sont aujourd'hui enfermés dans une multitude d'injonctions angoissantes et souvent contradictoires. On déresponsabilise les gens, on les infantilise. Tout le monde se plaint de la dislocation du lien social, et ce genre d'initiative va dans le sens de cette dislocation. Toute ingérence de l'Etat dans la vie intime des citoyens va dans ce sens. Plus on renforce la surveillance des liens interfamiliaux, plus on fait en sorte que les gens se sentent déresponsabilisés.

 

Propos recueillis par Julie Montaudon.


Par François-Xavier Vial, Professeur au lycée de La Vallée de Chevreuse


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Tous les commentaires

  • Rodjeur (le 18/04/12 à 11H21)Il y a quand même plus qu'un pas entre une fessée méritée et la violence à mineur! Je ne supporterai spas qu'une loi m'interdise de coller une fessée à mon fils s'il la méritait. On est en plein dans l'institutionalisation de l'enfant-roi. Et ça, c'est un vrai danger pour notre société!
  • praline49 (le 02/12/11 à 14H25)J'ai rarement eu recours à la fessée sur mes enfants, et j'ai pourtant culpabilisé de me laisser aller à cette extremité. Bien sûr ils n'en sont pas morts,bien sûr ils ne m'en veulent pas,et ne s'en souviennent peut-être plus ; mais moi je me rappelle que j'aurais dû faire autrement. Par contre, je suis contre la loi d'interdiction; on en arrive à tout légiferer, à oublier la notion de liberté . Conseiller, éduquer, me parait plus approprié.
  • panda51 (le 30/11/11 à 17H41)susana93 : j'ai moi-même été frappé pas mal dans ma tendre jeunesse. je me souviens une fois avoir eu le postérieur tout bleu au lendemain d'une fessée que m'a donnée mon père. je ne suis pas devenu violent pour autant. je dirai même que la violence m'insupporte.
  • SUSANA93 (le 30/11/11 à 17H20)Moi memme j'ai subis enormemaint de violence,j'aitais par la suite trés violante avec mon fils, car je volais qu'il soit polis et bien elelé, aujoud'hui mon fils n 'as pas confiance en lui et est toujours seul a l'ecole.je donerait enormemaint pour retour ner en arrierre et corriger mes erreurs mais je ne peut pas.je regrete et je soufre beaucoup de voir mon enfant soufrir (il est suivi).je vous en suplie ne tapez plus vous enfants s.v.p.
  • panda51 (le 30/11/11 à 15H23)je ne pense pas que l'on doive légiférer sur une chose semblable. si je prends mon exemple personnel ma fille ne s'est prise qu'une claque au fesse dans toute sa vie. elle avait exécrable toute la journée, j'étais excédé le geste est parti. alors ai-je tort ou raison? suis-je un tortionnaire ou pas? moi je ne sais pas et je ne l'ai jamais su. il n'empêche que maintenant on a le chic d'interdire tout, mais par ailleurs lorsque nos enfants sortent du droit on accuse les parents de n'avoir rien fait. à vos pensées mesdames et messieurs.....
  • mandariine (le 30/11/11 à 08H34)l'auteur dit "Je trouve essentiel de défendre la non-ingérence de l'Etat dans la sphère privée" donc si on suit sa logique , on ne voit pas pourquoi il existe une loi contre la violence conjugale...ca n'a pas de sens, a mon sens !
  • dianita (le 04/05/11 à 12H26)Je suis contre la fessée mais contre cette loi,devons nous légiférer dans tous les domaines?? Une loi contre les parents qui ne suivent pas leurs enfants au niveau scolaire, une loi contre les parents qui ne donne pas une alimentation équilibrée à leur enfants...? A quand un examen pour permettre aux gens d'être parents car la question est là!!! Une camp)agne de sensibilisation aide les gens à se poser les bonnes questions mais légiférer quelle idiotie!!! Ou est le bon sens? Les parents d'aujourd'hui ont tellement peur de mal faire que les enfants n'ont plus de limites tellement ils se posent de question avant d'agir et d'interdire Je suis contre les fessées et j'ai deux enfants
  • FbJ (le 09/02/11 à 11H19)Je rejoins les propos d'Arineas. Nous aurions le droit de frapper un enfant mais pas un adulte ???
  • cqfdxy (le 02/07/10 à 10H11)"Tout est question d'invividu et de dosage; l'important c'est le résultat et l'harmonie". "Chaque individu est un univers différent, il faut s'efforcer d'observer et d'appliquer le remède adéquate" "L'éducation est un apprentissage évolutif et permanent durant tous les stades de l'éxistence d'un individu" "Le maître et l'élève s'enrichissent en même temps afin de continuer vers un degré toujours croissant et homogène de l'évolution globale de la pensée humaine."
  • cqfdxy (le 02/07/10 à 09H57)"La féssée à 3 ans ou les assises à 20 ans"
  • sevnelal (le 28/06/10 à 13H34)la féssée n'est pas de la mal traitance juste une façon de punir une bêtise, est - ce mieux d'enfermer son enfant ?
  • mama4 (le 26/06/10 à 10H23)Les personnes qui écrivent que les coups leur ont permis de comprendre les limites, qu'elles se sentaient malgré tout aimées et que leurs enfants devenus grands sont "contents" d'avoir été frappés, m'inspirent une grande tristesse. Les enfants sont dépendants de leurs parents (ou de l'adulte qui s'occupe d'eux). Et même les enfants maltraités aiment leurs parents. Parce qu'ils n'ont pas le choix. Parce que remettre en cause l'éducation qu'on a reçu est un très long et très douloureux travail. Admettre qu'on était un petit être fragile qui ne demandait qu'à découvrir le monde accompagné par des humains doux et respectueux, capables de poser des limites sans violence, d'accepter et d'écouter nos émotions, nos peurs nos détresses; ce n'est pas facile. Mais ça peut être salvateur. Ouvrir les yeux, s'ouvrir à l'amour inconditionnel, savoir relativiser les "bêtises" de nos enfants, qui sont rarement le 10 ème des "conneries" des adultes. Se faire aider quand c'est difficile, aller vers d'autres parents qui ont fait le choix de ne pas punir, de ne pas frapper, pour ne pas flancher, pour ne pas retomber dans les modes éducatifs de nos parents. Pour ceux qui le souhaitent, c'est possible, c'est salvateur, c'est merveilleux. Je tiens à rassurer la personne qui s'en inquiétait, je suis une ancienne élève du lycée de la Vallée de Chevreux, M Vial y travaillait déjà il y a 20 ans et personne n'y était frappé. Mais bien sûr!!!, puisque les enfants les plus frappés sont ceux de 2 ans, ceux dont le cerveau est en pleine construction. Comment cela pourrait-il ne pas laisser de traces? Sur ce, mes quatre enfants ont besoin de moi, j'arrête, j'ai encore trop de choses à dire...
  • Arineas (le 25/06/10 à 22H55)si c 'est de l'ingérence de légiférer sur la fessée, c'est également de l'ingérence de légiférer sur la violence conjugale, ors, curieusement, pas grand monde s'est offusqué de cela... deux poids deux mesures ?
  • Mahatma (le 25/06/10 à 11H26)Merci à Madokh qui cerne parfaitement le problème. Freddll, un adulte n'est pas un enfant, et réciproquement. Mais ce n'est pas pour cela que je cautionne le recours au geste physique, pas du tout. Je réclame simplement pour les parents le droit d'être des êtres humains, certes imparfaits, mais heureusement perfectibles, en tout cas si on leur en laisse la chance, au lieu de les stigmatiser.
  • MADAV (le 25/06/10 à 10H34)L'Homme est effectivement un animal mais un animal doué de parole et cela change la donne dans l'éducation des petits. Je crois profondément aux vertus du dialogue et de la parole. Je crois aussi qu'il est indispensable de donner des limites à un enfant qui en a effectivement besoin pour se construire et aussi au fait que l'adulte n'a pas toujours à tout expliquer et peut dire "c'est comme çà et puis c'est tout" Par contre, comment justifier une fessée auprès d'un enfant (à part un geste qui aurait débordé l'adulte et duquel celui ci aurait à s'excuser) ? Que lui dire : "je ne savais plus quoi te dire alors, je t'ai frappé" ; "le plus fort physiquement a le dernier mot"... Ce n'est pas toujours facile et mon fils de presque 4 ans me le montre tous les jours en testant les limites mais, il ne faut pas confondre autorité et autoritarisme, punition et coups....
  • cqfdxy (le 25/06/10 à 08H59)Dans notre monde vivant, le rapport de force est naturel chez tous être vivant! La mise à l'épreuve de l'autorité et le rapport de force est indispensable à la vie ; dans le monde "animal" c'est seulement une question de dosage! Quand l'adulte "éduque" que ce soit un animal, ou un humain, la réponse la plus instantanée n'est pas le verbe, mais la réaction gestuelle, il faut que cela se passe très rapidement pour que le principe de cause à effet soit profitable pour que "l'enfant" ou "le petit animal" assimile, mais tout doit être essentiellement rapide; la fessée n'est jamais donnée, ni prise par l'éducateur comme une punition mais uniquement comme un geste éducatif spontané. La fessée doit être utilisée en geste dosés et comme un "outil" naturel, mis en œuvre par le père ou la mère, elle n'est pas programmée c'est un moyen correctif pour la communication spontanée et aléatoire entre donneur et receveur, la "sensation" de la fessée est aussi vite oubliée, qu'elle est apparue! L’enfant recherche une certaine sécurité en provoquant innocemment mais naturellement l’autorité à ce moment précis ce geste le rassure car il se sentira par la suite rassuré et protégé ; la fessée est une demande inconsciente de l’enfant ; tout comme cet enfant cherche le câlin et la douceur, un certain baume, l’apaisement en se jetant par moment dans les bras de sa maman. Evidemment il faut un dialogue adapté et très court pour expliquer par quelques mots justes ce geste envers l’enfant. Enfin, la fessée ne peut être administrée quand l'enfant évolue, elle sera interdite car elle perdra sa signification et son efficacité. Le dialogue sera par la suite indispensable quand l'enfant grandit.
  • Madokh (le 25/06/10 à 02H51)Je trouve cet article plutôt nuancé et le professeur Xavier Vial très prudent. Le problème est en effet de taille mais l'attitude suffisante voire dogmatique de la députée qui semble savoir exactement comment les parents devraient élever leurs enfants au point de proposer une loi m'indispose. Après tout, il faut bien qu'elle fasse quelque chose de son mandat. Faut-il pour autant cette mise en scène qui tient plus de l'agression qu'autre chose? Tous les parents devront-ils lire les écrits de Madame la députée avant d'avoir la permission d'élever leurs rejetons? Si l'on en croit cett future loi, les parents devraient constamment se tenir dans cette attitude parfaitement logique d'auto-suspicion en mettant leur humanité de côté et se mettre à culpabiliser au moindre dérapage? Je comprends qu'il faille protéger les enfants d'éventuels abus, éyant moi-même été victimes de parents abusifs. Cependant, cette certitude qu'elle a de détenir les meilleures recettes édducatives avec preuves à l'appui ne manque pas de me choquer. Comme s'il suffisait d'un peu de logique, de rationalité et d'un absolu contrôle de soi pour un monde parfait. Ce sont là les valeurs dictées par le lobe gauche du cerveau qui par ailleurs s'avère très développé chez certains harceleurs et autres pervers narcissiques. Que le ciel nous protège des égos jupétériens!
  • Mahatma (le 25/06/10 à 00H02)Enfin un article sensé sur le sujet. La fessée, c'est mieux de s'en passer. L'interdire, c'est de l'ingérence. Aidez les parents à agir autrement, ne serait-ce pas la bonne solution ?
  • matoo (le 24/06/10 à 22H46)La violence éducative est sans doute à l'origine de la violence dans le monde. Si on lève la main sur un adulte (ou même un animal) cela choque les gens alors que ce n'est pas le cas pour les enfants: chercher l'erreur... Ce n'est pas en frappant les enfants qu'on se fait respecter d'eux, oui ils seront "calmés" par la fessée reçue, mais cela éloignera le respect qu'ils peuvent avoir pour nous, adultes référents. Ce sont eux l'avenir, attention à ce qu'on leur transmet, il faut casser cette chaîne infernale.
  • valika (le 24/06/10 à 18H59)Bonjour Daddy Stef : "Désolé mais je préfère mettre une fessée de temps en temps que de confier mon enfant à des amis ( car des amis c 'est bien mais au fond on ne sait jamais vraiment qui ils sont)". Vous trouvez vraiment qu'une société où, vous le dites vous-même, vous ne faites pas confiance aux autres, donne envie de grandir ? Mes amies sont plus fiables que ma propre famille (c'est triste mais c'est ainsi). Vous avez envie de vies aussi isolées et pénibles pour vos enfants ? Je me répète : seul avec des enfants, c'est impossible; sans mes amies je me serai flinguée. Une loi anti fessée c'est bien pour commencer à réfléchir à autre chose ! Des lois qui aident les familles, par exemple des horaires abusifs des parents qui travaillent, c'est encore mieux ! Cordialement
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