Le repas familial, dans le sens où il est « structurant », sécurisant pour l’enfant et l’adolescent, peut dans une certaine mesure, diminuer les comportements à risques (comportements autodestructeurs induits par une grande insécurité affective).
Est-ce un facteur de socialisation ?
Bien sûr ! Il est important que les enfants soient mêlés à la préparation des repas aussi souvent que possible, ce qui augmente le sentiment d’unité familiale. Le repas familial est bien plus que le lieu où l’on absorbe de la nourriture, c’est aussi un lieu d’échange et de « remplissage affectif ». Une certaine intégration s’y matérialise. La table joue un rôle prépondérant dans l’éducation des enfants, l’apprentissage de la politesse, des règles sociales du « bien vivre ensemble ». Elle a aussi son importance dans les rapports parents /enfants, dans les rencontres avec la famille, les amis et également les étrangers. Manger permet à la fois d’être ensemble, de communier sans nécessairement communiquer verbalement. La table est un haut lieu d’échanges symboliques.
Faut-il « forcer » les enfants à venir à table ?
Oui et non. C’est un peu plus compliqué que ça. Même si ils se font parfois prier, les enfants, comme les adolescents, plébiscitent le repas familial. L’adolescent a besoin de répétitions. Si on le lui propose, il vient (parfois il faut l’appeler 10 fois). Il parait s’y ennuyer profondément, il bougonne, mais il est présent pour affirmer son identité et sa différence. Il a besoin d’être avec pour être « contre ». Il faut « tenir bon » car cette tradition du repas en famille a une influence positive sur le développement du langage, et aussi sur la compétence en littérature : on communique, on s’exprime, on se raconte et on y raconte la vie ! Enfin dans la mesure où 80% des femmes travaillent aujourd’hui, c’est aussi le lieu des « retrouvailles » familiales. Les enfants participent aux échanges et « entendent » la vie des adultes, les liens familiaux s’y concrétisent.
Propos recueillis par Julie Montaudon