Que mettez-vous derrière le terme « compétences » ?
Il s’agit de tout le bagage physiologique et cérébral que le bébé a en lui au moment de la naissance et qui lui permet de s’adapter. La première des compétences, c’est la capacité du nouveau-né à créer des liens, à se faire aimer, à émouvoir les adultes. Tout chez lui est prévu pour que les adultes « tombent en amour », comme disent les Québécois !
Quand on est en salle de naissance, on se rend bien compte que le nouveau-né, passé les premières minutes où il est groggy, ouvre très rapidement les yeux et regarde intensément. A la naissance les bébés sont très réveillés – c’est lié aux hormones libérées pendant l’accouchement – et les regards les passionnent. C’est en fixant quelqu’un qu’ils vont susciter l’amour.
La deuxième compétence des bébés, c’est de pouvoir s’adapter à la vie aérienne. Etre dans l’air, respirer, lutter contre le froid et les infections, éliminer ses selles, épurer ses déchets, tout cela représente une transformation radicale par rapport à la vie intra-utérine.
Les bébés ont également une vitesse de croissance et une faculté à cicatriser incroyables…
Oui. En 4-5 mois, ils doublent leur poids de naissance. C’est quelque chose que les adultes seraient incapables de faire, quelque soit le « bourrage » alimentaire ! La taille évolue également très vite puisque les nouveau-nés prennent dix centimètres pendant les trois premiers mois de vie et vingt autres avant la fin de la deuxième année. A 4 ans, l’enfant aura doublé sa taille de naissance.
Un des corollaires de cette vitesse de croissance est effectivement la capacité des bébés à se réparer, à refermer leurs plaies. Un nouveau-né qui a une marque de forceps sur le crâne cicatrise en moins de deux jours !
Les nouveau-nés sont aussi dotés de réflexes dits « archaïques ». De quoi s’agit-il ?
Ce sont une série d’actions motrices très sophistiquées, mais involontaires, qui sont présentes à la naissance et qui vont disparaître progressivement.
Le premier de ces réflexes, c’est celui d’agrippement : si on place les doigts au creux des mains d’un nouveau-né, il les serre tellement fort que si on le soulève un peu, il peut s’asseoir et même se balancer à bout de bras. Le réflexe dit de Moro est presque aussi spectaculaire : si on assied un bébé et qu’on le lâche d’un coup, il va tenter de se raccrocher à quelque chose, écartant les bras à la recherche d’un soutien.
Le réflexe de la marche (il disparaitra vers la fin du 2e mois) ainsi que ceux de la recherche de nourriture – le bébé enfouit sa tête dans le corps de sa mère pour trouver le sein, est capable de centrer sa bouche sur ce qu’il veut sucer et de déglutir – font également partie de ces automatismes innés. Mais pour moi, ce ne sont pas réellement des compétences. Ils servent simplement de repère à un pédiatre pour vérifier que le circuit neurologique est en bon état.
Les tout petits reconnaissent-ils les sons et les odeurs ?
Oui, ils savent discriminer les saveurs – ils aiment le sucré, craignent l’acide – et ont la mémoire des bruits. Des études ont ainsi montré qu’ils se calment quand ils entendent des musiques écoutées in utero. Au fil des jours, cette mémoire ne va faire que progresser.
Justement, quel rôle les parents ont-ils à jouer pour accompagner le développement des compétences ?
Ils ont tout à faire ! L’enfant est compétent, mais il est immature. Il faut savoir qu’un bébé qui est laissé seul dans la nature meurt et qu’un nouveau-né qui n’est pas câliné devient idiot. Les adultes sont un soutien à l’évolution. Le problème, c’est qu’en vulgarisant les données, on a poussé les parents à en faire trop. Or, transgresser les rythmes normaux de développement, manipuler les nouveau-nés pour les amener à des acquisitions plus précoces peut être très dangereux. Il faut bien sûr que les adultes soient très présents, qu’ils créent un lien étroit avec l’enfant, mais il est essentiel également qu’ils lui réservent de longs moments où il n’est pas sollicité. La clé, c’est d’être à la fois disponible et paisible. Mais c’est le plus difficile…
Propos recueillis par Natacha Czerwinski.