Dès sa naissance, un enfant réagit aux sons qui l’entourent. La voix de ses parents, les bruits de la rue ou la musique du mobile l’attirent et stimulent sa motricité. Source de découverte et de plaisir, l’éveil musical joue également un rôle dans l’expression de la sensibilité artistique du tout-petit.
Jouer avec les extrêmes
J’aime également travailler sur les contrastes de manière exagérée, prenant ainsi à contre-pied notre penchant naturel à jouer moyennement fort et moyennement vite lorsqu’on nous met un instrument dans les mains. Je demande parfois au groupe de trouver les sons les plus doux possibles, que j’appelle les « presque rien » en référence au compositeur Luc Ferrari, auteur d’une pièce qui traite de l’immensément petit, du quasi inaudible. Un enfant peut ainsi surprendre l’assemblée en frottant une peau de tambour du bout des doigts…
Au cours des séances collectives (entre 12 et 30 élèves à partir de 4 ans) ou familiales (le dimanche, j’accueille parents et enfants), mon objectif n’est pas de former des musiciens amateurs ou professionnels, mais plutôt de permettre une pratique de la musique de l’intérieur et donc de mieux comprendre son fonctionnement et de devenir meilleur mélomane.
S’approprier l’instrument
L’éveil est une préparation, une mise en condition pour des apprentissages ultérieurs. Evidemment il arrive qu’au fur et à mesure des séances, certains enfants se découvrent des affinités avec tel instrument et désire suivre un enseignement spécifique, mais mon but reste de transmettre la diversité.
Je les emmène voir 250 instruments venus des quatre coins de la planète, leur demande d’en prendre un et de l’explorer « de façon douce et délicate ». Je laisse faire ceux qui choisissent par hasard. En revanche, je montre aux enfants qui vont systématiquement vers ce qu’ils connaissent qu’il faut être audacieux et découvrir l’inconnu. Je souhaite aussi que chaque enfant s’imprègne de l’instrument qu’il choisit, qu’il s’en approprie la matière, et pour ce faire, je montre les cordes nichées à l’intérieur du piano ou d’autres parties cachées de ces objets.
La notion de plaisir
Un petit peut trouver son instrument de prédilection au cours d’une séance d’éveil mais pour la plupart, c’est vers 8 ans que je propose aux enfants qui en manifestent l’envie une activité d’apprentissage.
L’éveil musical est lié à la notion de plaisir, et notamment au plaisir collectif d’appartenance au groupe. La démarche d’apprentissage, si elle n’exclut en rien le plaisir, engendrera forcément les notions de travail et d’effort. Contrairement à l’éveil où il y a toujours un moyen d’intéresser l’enfant même s’il éprouve des difficultés à se concentrer, l’apprentissage ne s’adresse qu’à des enfants qui aiment déjà jouer, créer de la musique et donc prêts à recevoir un enseignement.
Propos recueillis par Maya Méducin.