Comment dire « non » sans une petite tape ?

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fessée

Par Edwige Antier, Pédiatre, auteur de "Elever mon enfant aujourd'hui"

Comment dire « non » sans une petite tape ? 

Edwige Antier, pédiatre et députée de Paris, a récemment proposé une loi visant à abolir les châtiments corporels. Dans son nouveau livre L’autorité sans fessées, elle propose aux parents des solutions concrètes pour élever leur enfant sans recourir à la fessée ni aux violences verbales.

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Comment dire « non » sans une petite tape ?

Pourquoi accompagner votre « non » d'une petite tape ? Parce que vous avez l'espoir que la douleur sur la main imprime un réflexe conditionné qui fera que l'enfant ne recommencera pas le geste de peur d'avoir mal ? Mais un enfant ne fonctionne pas ainsi. Il a un travail à accomplir : celui d'explorer le monde qui l'entoure, de voir comment fonctionnent ses dispositifs et à quoi ils peuvent bien servir. L'enfant a un impératif de découvertes. Si vous le laissez devant un objet intéressant à explorer tout en lui interdisant de le manipuler, il préférera recevoir une tape sur sa main plutôt que renoncer. C'est pourquoi, le taper - lui faire mal - ne l'empêchera absolument pas de reproduire l'expérience. Il vous bravera du regard, et il recommencera. Vous aurez au contraire entamé votre autorité. Vous lui aurez appris à la braver.

 

« Tu ne touches pas ! »

Une tape pour rien

 

Ce que vous faites :

Audrey est sur les genoux de sa maman. Comme tout enfant de 10 mois, elle tend la main vers le téléphone posé sur le bureau. « Non... », dit sa mère gentiment. Mais l'enfant persiste et attrape le combiné. « Ah, non ! » s'exclame la maman en tapant la main. Le petit bras se retire puis Audrey retend la main en regardant sa mère qui fronce les yeux. Le « non » devient menaçant... Le visage du bébé se plisse, les commissures de la bouche descendent, elle pleure et se pelotonne contre le corps de la mère, interrompue dans sa conversation. « Ah, non... Tu m'embêtes à la fin ! Et puis, j'ai chaud ! » Elle pose l'enfant sur le tapis. « Laisse-moi ! » Puis, se tournant vers moi : « J'en ai assez ! Elle n'obéit pas. »

- Pourquoi n'avez-vous pas poussé le téléphone plus loin pour lui donner autre chose ?

- Si je commence à céder à même pas un an, j'imagine le tyran qu'elle va  devenir... Tout le monde me reproche de tout lui passer...

 

Le vécu de l'enfant :

La tape puis l'absence de réponse aux sollicitations du nourrisson sont venues de la mère, figure normalement compréhensive et protectrice de l'enfant.

Lorsque c'est la mère qui se fâche et fait peur, les hormones du stress organisent alors les circuits cérébraux de façon à protéger l'enfant de l'espoir déçu.

Elles effacent comme une gomme les branchements heureux qui créent la confiance en l'autre. Mais ce n'est pas la tape plus ou moins légère ni la douleur provoquée qui ont les effets les plus néfastes pour l'enfant. C'est bien  l'indifférence de sa maman à ses besoins : ce jour-là, découvrir un objet au lieu de subir la conversation dénuée de sens des adultes.

 

Ce qu'il faut faire :

Comprendre et admirer le travail de l'enfant. Je fais remarquer à la maman combien il est normal qu'un bébé veuille ce téléphone puisqu'il est sous son nez pendant que notre conversation se déroule. Je dispose quelques petites grenouilles sauteuses et autres coccinelles tournantes après avoir éloigné le combiné. Je demande à la mère de reprendre sa fille liquéfiée de chagrin sur ses genoux. La lumière se rallume dans les yeux du bébé qui retrouve son tonus et cherche à attraper les petits objets.

- Alors, voilà ! Il faut lui passer tous ses caprices ! proteste la maman...

- Il faut lui donner du travail pendant que nous réfléchissons de notre côté. Ne pouvons-nous pas converser plus facilement quand nous choisissons les objets sur la table en fonction, aussi, des besoins de l'enfant ?

- Mais alors, quand apprendra-t-elle la frustration ?

- Petit à petit, et pas avant 3 ans. Dix mois n'est pas un âge pour provoquer ni apprendre par la souffrance.

L'enfant garde en mémoire une suite : un objet m'intéresse - l'expression du visage de maman - devient menaçante - la grande main tombe sur ma petite - j'ai mal, je pleure - ma mère crie et me descend seule en bas - je dis mon mal-être, elle crie encore. Qui suis-je ? Personne. Il faut que je m'y prépare, la vie c'est ça.

Article extrait de L'autorité sans fessées, Robert Laffont, 2010, p. 53-56.

 www.laffont.fr

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