- Comment ! Une loi contre la fessée ! Mais alors, où serait l’autorité des parents ?
La main levée ne donne pas d’autorité. Au contraire, l’enfant vous dit bientôt : « même pas mal ! » et apprend à s’endurcir.
- Bon, d’accord pour abolir les gifles, les claques ou pire, le martinet… mais il faut sortir la fessée de la loi. « Une fessée n’a jamais tué personne »…
La sacro sainte fessée, qu’est ce que c’est, en fait ? Attaquer un enfant par derrière, sur son derrière, la partie de son anatomie chargée d’émotions archaïques, par laquelle vous lui avez demandé d’être propre.
Vous me répondez : « Mais ! Docteur ! Juste sur la couche... » Vous donnez des fessées à des bébés ?
- « Tout de même, une petite tape sur la main, quand il touche à tout… »
Faites-le et vous voyez l’enfant vous regarder droit dans les yeux et recommencer. Vous lui apprenez à vous braver.
Chacun évoque sa fessée donnée ou sa fessée reçue… C’est le souvenir de l’enfance, la Madeleine de Proust.
« mais, Docteur… pas souvent ». Sauf que vous lui dites : « Attention, tu vas t’en prendre une… ».
Cette menace permanente apprend à votre enfant que les adultes ne sont pas logiques : un jour « ça tombe » parce que vous êtes énervé, un autre, pour la même « bêtise », ça passe… Il ne sait souvent même plus de quelle « bêtise » il s’agit et retient seulement qu’il est un mauvais enfant qui vous déçoit.
Toutes les études le montrent, les châtiments corporels, gifles, claques, tapes, coups de ceintures… et fessées ! rendent les enfants sournois, menteurs, agressifs, entament leur confiance en soi et favorisent l’échec scolaire.
Voilà pourquoi la Suède, en premier, a aboli les châtiments corporels – 70 % des Suédois étaient contre l’abolition il y a 30 ans, 90 % trouvent aujourd’hui que ce fut une très bonne chose. La maltraitance a diminué en Suède quand elle augmente chaque année en France, et les petits Suédois réussissent mieux à l’école. Ils ne sont pas plus mal élevés que les enfants français.
Ma loi propose « l’abolition » des châtiments corporels, à inscrire dans le code civil, pas dans le code pénal. Elle ne les assortit pas de sanctions, mais s’accompagne d’une aide pour les parents. C’est un engagement de la société pour une éducation dans le respect de l’enfant ; pour lui apprendre dès ses premières années que l’on ne résout pas les conflits par la violence.
C’est pourquoi, l’abolition des châtiments corporels s’inscrira dans la loi, comme le demande instamment le Conseil de l’Europe.
Ma proposition est déposée à l’Assemblée Nationale. Elle est soutenue par d’autres députés que je remercie. Nous allons maintenant revenir vers le Conseil de l’Europe.