Motricité fine : une histoire de patience…
Les espaces de jeux à la crèche offrent aux enfants de chaque tranche d’âge des propositions adaptées à leurs compétences et besoins. Ainsi, chez les moyens, l’aménagement se centre sur la motricité globale (parcours moteur, piscine à balles, structure avec toboggan) et laisse moins d’espace à la motricité fine (encastrements, perles à enfiler, etc.).
Chez les grands, vers 2 ans, nous avons créé un coin avec des tables où les enfants à tout moment de la journée s’installent et se concentrent sur plusieurs activités qu’ils choisissent (encastrements, bouliers, abaques, lacets à enfiler, etc.). Ces jeux de précision passionnent certains enfants, qui peuvent passer beaucoup de temps à s’exercer à ces gestes fins. On les voit pincer entre pouce et index un lacet, tourner et ajuster les pièces d’un puzzle. Ils peuvent aussi, grâce à des activités plus accompagnées malaxer de la pâte à sel, décoller des gommettes avec leurs ongles, ou utiliser des outils comme la craie, le pinceau pour laisser des traces sur un support.
Néanmoins nous observons que ces activités plutôt solitaires se laissent prendre la vedette par d’autres jeux utilisant la main. Nous parlons ici de comptines, chansons à gestes ou autres marionnettes à doigts.
Exister dans le groupe
Grâce à ces diverses expériences autour de la main, l’enfant prend peu à peu conscience des limites de son propre corps et par conséquent de celui des autres et apprend à maîtriser de plus en plus précisément ses capacités manuelles : il grandit.
Mais pour cela, il a besoin d’observer, de s’entraîner longuement, d’être soutenu et encouragé par l’adulte dans ses évolutions et au gré de ses acquisitions.
Ce que les enfants semblent apprécier le plus, c’est la relation individuelle ou plus proche physiquement de l’adulte que ces jeux suscitent. Même si nous chantons pour un groupe, chaque enfant se sent interpellé personnellement et les rend très friands de ce type de proposition.
Ils cherchent à communiquer, à nous communiquer leur existence et leur volonté d’être considérés comme des individus propres à ce moment-là, à nous montrer leurs progrès.
Ce que nous pouvons dire ici, c’est qu’à la crèche, dans ce lieu où beaucoup d’enfants vivent côte à côte, comptines et jeux de mains permettent de tisser du lien et d’entrer en relation entre eux. Chaque enfant existe dans les yeux de l’autre (adulte, enfants) au travers de cette expérience vécue ensemble. La main passe alors du statut d’outil individuel à celui de vecteur d’échange et de partage avec l’autre.