Comment apprendre à ses enfants à manger de tout ?

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Par Nathalie Politzer, Directrice de l’Institut du Goût



                               

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 Comment apprendre à ses enfants à manger de tout ? 

On le sait, les enfants sont plus frites et pizza qu’asperges et choux-fleurs. Pourtant, apprendre à varier les saveurs et à apprécier des goûts inédits, c’est essentiel, surtout chez les plus jeunes. Nathalie Politzer, directrice de l’Institut du Goût, nous donne quelques conseils pour créer de la diversité dans les assiettes. 

Pourquoi est-ce si important d’apprendre à varier les goûts ?

S’essayer aux différentes saveurs, c’est d’abord une façon de profiter de toute une palette de sensations : sucré, salé, amer, pétillant… C’est une richesse d’avoir accès à toutes ces perceptions ! Ensuite, avoir une alimentation diversifiée, c’est fondamental pour l’équilibre général et le bon développement de l’individu.

Il faut savoir que le goût est une notion complexe. Elle tient compte à la fois de la perception des saveurs, des arômes et des sensations recueillies par le nerf trijumeau (qui transmet les stimulations comme le ‘piquant’, le ‘brûlant’, l’‘astringent’,…) mais aussi du vécu et des souvenirs de chacun. La perception du goût dépend autant de l’aliment que de la personne qui déguste.

Y a-t-il un âge pour apprendre à apprécier les saveurs ?

Quand l’enfant a entre 1 et 2 ans, il faut l’encourager à découvrir un large éventail de goûts car ensuite apparaît ce que l’on appelle la ‘néophobie alimentaire’, c’est-à-dire la crainte des aliments nouveaux. Cette étape est normale, elle fait partie du développement de l’enfant. Mais plus celui-ci aura eu accès à une grande variété alimentaire avant l’âge de 2 ans, moins il sera ‘néophobe’... Vers 7-8 ans, cette crainte s’estompe. Toutefois, on sait que d’une manière générale, les enfants vont plus facilement vers les aliments sucrés, denses en énergie ou ceux qu’ils connaissent déjà et délaissent les produits forts en goût ou peu nourrissants, comme les légumes.

 

Comment faire pour inciter son enfant à manger de tout ?

La première chose, c’est de créer un contexte de consommation chaleureux, un climat affectif agréable, afin que l’enfant associe un goût avec un souvenir plaisant. Si le repas est un moment où on parle de sujets qui fâchent, ou bien si tout le monde mange dans son coin, ce n’est pas propice à l’apprentissage. L’enfant fonctionne beaucoup par imitation : manger avec lui lui permet ainsi de se prêter plus facilement à l’exercice.

Il est important également d’éveiller la curiosité des plus jeunes en les familiarisant avec les aliments : l’emmener faire des courses et l’encourager à regarder, à sentir, à toucher, c’est déjà une bonne chose. Faire cuisiner les enfants est aussi un levier très efficace. Enfin, des études ont montré que l’exposition répétée à un aliment fait que son appréciation augmente. Il ne faut donc pas hésiter à proposer à un enfant plusieurs fois le même plat.

 

Faut-il obliger l’enfant à goûter, ne serait-ce qu’« un petit peu » ?

Je pense que forcer un enfant à mettre dans sa bouche quelque chose qu’il rejette, c’est presque lui faire violence. D’autant plus qu’associer un aliment à une contrainte, voire à une humiliation, cela peut créer un rejet durable du produit en question. Il est préférable d’éveiller la sensorialité en proposant à l’enfant de participer aux activités culinaires et en verbalisant ses sensations.

 

L’école tient-elle un rôle dans l’apprentissage du goût ?

L’éducation sensorielle est pour le moment assez confidentielle. Il n’y a rien d’obligatoire dans les programmes. C’est aux enseignants, s’ils ont envie, d’organiser leur projet et d’animer des ‘classes du goût’ – nous leur proposons d’ailleurs des formations dans ce sens. Dans une ambiance ludique, les enfants sont ainsi incités à déguster des aliments, verbaliser les sensations et mettre en commun leurs impressions. Cela peut être très efficace car, grâce à la dynamique de groupe, ils se rendent compte qu’en matière de goût, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse, seulement des perceptions différentes.

 

Propos recueillis par Natacha Czerwinski.


Par Nathalie Politzer, Directrice de l’Institut du Goût


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