A quoi sert cette éducation au goût ?
Notre démarche se veut humaniste, et épicurienne, dans le sens « connais-toi toi-même ». On n’enseigne absolument pas la gastronomie, on s’intéresse à l’homme, pas à la truffe !
Nous avons tous d’assez grandes différences dans nos perceptions sensorielles, l’« observateur standard » n’existe pas. Alors quand l’enfant découvre qu’il a sa propre sensibilité, différente de celle de son voisin, il apprend à le respecter. Cela ouvre d’une manière fondamentale l’esprit des enfants au respect de la différence, à la tolérance. C’est aussi une occasion de mettre un bémol à la tendance qu’a le système scolaire à standardiser les individus.
Et comment faire une éducation au goût, à la maison ?
| Cela peut commencer à 3, 4 ans, l’enfant sera réceptif et va bien fonctionner sur le plan de la découverte de tout ce qui est comestible jusque vers 10/12 ans.
Pour une période éducative, l’essentiel est que le goût se perçoive bien. Il faut commencer simplement, éviter les préparations avec trop d’ingrédients où on ne comprend plus rien. Cuisiner des choses saines, équilibrées, et qu’on sente bien la différence si c’est préparé à l’huile d’olive ou au beurre.
Rendez service à vos enfants en leur faisant acquérir un répertoire alimentaire aussi varié que possible. Evitez de fabriquer un enfant « jambon-nouilles» ou « steack-frites », c’est le plus mauvais service que vous pouvez lui rendre. Cela lui donne une référence extraordinairement étroite, donc il passe à côté d’énormément de choses. |
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" Ce plaisir alimentaire, on en profite plusieurs fois par jour pendant toute sa vie, donc cela vaut le coup de le cultiver." |
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Que faire quand son enfant refuse de goûter ce qu’on lui a préparé ?
La bêtise à ne pas faire c’est de les punir quand ils ne veulent pas goûter. Il faut au contraire les gratifier quand ils veulent bien goûter. Il vaut mieux respecter sa « néophobie »* plutôt que la réprimer, le but étant de la surmonter.
Quelques conseils, pour mieux goûter ?
Y attacher de l’importance et y consacrer du temps. Pour bien manger, il faut prendre le temps d’obtenir un plaisir important. Ce plaisir alimentaire, on en profite plusieurs fois par jour pendant toute sa vie, donc cela vaut le coup de le cultiver.
L’exemple extrême, c’est la dégustation du sommelier : commencer par regarder, puis flairer, avant de mettre en bouche. Faire attention à ce que l’on ressent et comment ça évolue pendant la durée de la mastication, avant la déglutition. Si l’enfant avale comme un glouton, il ne va pratiquement rien (re)sentir et n’aura de toute façon pas beaucoup de plaisir. Jacques Puisais (le fondateur des classes du goût) leur disait « si vous vous contentez d’avaler, vous ne pourrez pas savourer. »
Propos recueillis par Colombine Denis.
*néophobie : peur et rejet de l’aliment nouveau.