Le jeu de société contemporain pointe le bout de son nez vers 1840, en même temps que la chromolithographie, en Allemagne essentiellement. C’est le point de départ de la production en masse du jeu, en couleurs et en carton au format qui est le nôtre aujourd’hui. Au 18ème siècle, savoir jouer (cartes, échecs, charade, billard…) vous donnait accès aux salons aristocratiques. Le bas peuple jouait également, pour de l’argent et avec des règles plus floues. La fin du 19ème siècle avec la production de masse de jeux de société correspond en Europe, et en France notamment, à une volonté de la part des états d’éduquer le peuple. La majorité des jeux devaient être instructifs et traitaient de morale, de géographie ou d’arithmétique.
En quoi perçoit-on le jeu de société comme étant le miroir de la société qui l’a créé ?
Observez les courants de mode actuels : les jeux de coopération, comme le Verger ou Pandémie, fonctionnent particulièrement bien, ce qui peut être expliqué par un besoin de solidarité. Les joueurs préfèrent aujourd’hui se liguer ensemble contre le jeu plutôt que de s’affronter. La période actuelle est également marquée par le désir d’évasion, une envie de s’immerger dans un monde imaginaire comme celui de Harry Potter ou du Seigneur des Anneaux, des thèmes qui auraient fait un flop il y a 20 ans.
Des années 30 aux années 70 au contraire, les jeux s’imprégnaient de l’actualité : jeux sur le pétrole, la cigarette (Clope au bec) ou jeu qui relate la guerre de manière quasi journalistique (Jeu du pas de l’oie, qui date de 1944 alors qu’il traite de la deuxième guerre mondiale !).
Le jeu de société actuel a aussi reconsidéré ses priorités auprès du jeune public : l’éducatif a été évincé au profit du ludique. Evolution que l’on doit en partie à l’Allemagne, seul pays à considérer le jeu de société comme partie intégrante de sa culture.
Et comment les Français se positionnent-ils ?
Les Français considèrent encore que le jeu de société est réservé aux enfants, et en viennent à développer une fois adultes une sorte de honte inconsciente à montrer qu’ils aiment jouer. Bon nombre d’auteurs français talentueux et audacieux mériteraient de susciter l’intérêt du grand public, au même titre que les créateurs de jeux vidéo détenteurs d’un statut grâce aux chiffres de vente du secteur. Le jeu de société en France n’est pas encore perçu comme un moment d’amusement et de partage intergénérationnel, et c’est bien dommage.
Propos recueillis par Maya Méducin.