Quelle est la situation ou l’activité la plus propice à cet apprentissage ?
Par rapport aux jeux, la défaite en primaire s'apprend surtout en éducation physique. Evidemment le caractère de chacun est ce qu'il est, mais il est important de nuancer les enjeux, d'apprendre de la défaite, de privilégier la coopération et le respect d'autrui. Dans certains modules d'apprentissages (lutte, danse, natation), les enfants doivent gérer leur émotion, leur stress, prendre des risques mesurés et ainsi comprendre la défaite et non pas la subir.
Pouvez-vous nous donner un exemple concret d'échec en sport ?
Une séance de handball où l'objectif est de se faire 5 passes consécutives sans dribbler. C'est du 3 contre 3, j'équilibre les deux camps, mais hélas ce sont toujours les mêmes qui gagnent. Certains s'énervent et ne contiennent pas leur frustration donc on revient sur le pourquoi de cet échec. On parle alors des paramètres de la victoire (viser un coéquipier, se démarquer, faire des feintes, ne pas rester statique etc.) qui n'ont pas été explicités avant afin de les laisser les trouver par eux-mêmes à partir d'une consigne simple. Et on essaie de voir si l'équipe perdante a pris conscience des ces paramètres. Cela permet à l'enfant de voir qu'il peut évoluer et que la défaite lui a apporté une certaine leçon.
Mais nous vivons dans une société qui valorise l’émulation.
Je suis d’accord, dans une certaine mesure, avec le fait que l’émulation et la compétition peuvent permettent à l’enfant de se dépasser, de pousser ses limites pour réussir. Si on reste dans ce cadre positif, très bien. Maintenant, il faut nuancer les enjeux et rester dans les limites du jeu, justement. Si le jeu devient le lieu d’une souffrance ou d’une humiliation, ce n’est pas sain pour la construction de la confiance en soi de l’enfant. Il est important également de valoriser les capacités uniques et différentes de chacun. Par exemple, au Trivial Poursuit (jeu de société hyper classique), tel enfant va être plus ou moins fort pour les questions de sciences ou de culture, ou de sport… Il faut mettre cela en valeur et non pas demander aux enfants de toujours tout savoir avant d’avoir eu le temps d’apprendre !
Propos recueillis par Julie Montaudon