Une semaine sans écrans, comment ça se passe ?

Une source d'inspiration quotidienne pour grandir ensemble


Go Search

ecran

Par Rusla Vial, Psychologue pour enfants

Une semaine sans écrans, comment ça se passe ? 

Des initiatives sur le mode du « pari », encouragent les gens à vivre sans aucun écran (télé, ordinateur, console de jeux) pendant une semaine, par exemple. Comment ça se passe, et quelles sont les activités alternatives pour pallier l'absence d'écran ? Voyons ce qu'en pense Rusla Vial, psychologue pour enfant.

Pourquoi décide-t-on de se passer des écrans pendant une semaine ?
C'est en quelque sorte, la démarche d'un toxicomane qui a envie de décrocher. A l'ère du tout écran et de la communication universelle, on se rend compte qu'on est très dépendant d'une forme presque virtuelle de relation à l'autre, mais également à soi. Il y a la thématique de savoir rester seul deux minutes avec soi-même sans éprouver le besoin de « s'occuper » à tout prix avec la télé ou avec Internet. De la musique ou un livre sont déjà des dérivatifs, et peuvent être (sans mépris aucun) souvent plus enrichissants, pour les enfants en particuliers.
Concrètement, qu'est-ce que ça implique comme changement pour une famille dans la vie de tous les jours.

Pas d'ordinateur (pas d'Internet donc), pas de console de jeux, pas de télévision. Pour personne ! Si seuls les enfants n'ont pas le droit, ils le vivent comme une punition assortie d'une grosse frustration de voir les parents continuer à faire ce qu'ils n'ont plus le droit de faire ! C'est créer un fossé encore plus grand alors que le but est de rapprocher les familles. Des plages entières de temps auparavant squattées par les écrans sont à combler. Au départ, les gens, surtout les enfants (notamment ceux qui ont pris l'habitude d'avoir une télévision dans leur chambre) sont perdus et ont très peur de s'ennuyer.

 

Comment combler ses plages temporelles inoccupées ?

Naturellement, les familles vont passer plus de temps ensemble sans l'avoir forcément décidé. Avec le règne du tout écran, on peut vite rester chacun de son côté dans la même maison sans même s'en apercevoir : les enfants à la console, papa sur l'ordinateur, maman devant la télé... Et même parfois ne plus manger ensemble, mais comme ça se fait beaucoup aux Etats-Unis, se servir dans le frigo chacun de son côté quand on a faim ! Ce qu'on voit le plus souvent c'est que les familles se rassemblent le soir pour le dîner, passent plus de temps à table. Et discutent beaucoup plus également. Les langues se délient, on prolonge le moment qui peut s'avérer agréable. Eventuellement, on s'installe au salon avec des jeux de société (qui sont particulièrement réhabilités dans cette configuration). Sinon chacun peut lire un livre, un magazine, ou écouter de la musique. Du coup, si le temps le permet, les enfants sont toujours dehors à courir partout, ils sont à la recherche du contact avec leurs camarades et multiplient les jeux physiques et les scénarios imaginatifs. Encore une fois, ça dépend des saisons, mais les adultes, de leur côté, sont bien plus enclins à organiser des piques-niques, des barbecues entre voisins. Les promenades en famille se multiplient. Les associations de quartiers connaissent aussi un regain de fréquentation et d'investissement.

 

Quels sont les résultats concrets d'une telle expérience ?

De nouveaux liens se sont tissés dans et entre les familles, ainsi qu'avec les associations. Du côté de l'école aussi, des effets se sont fait ressentir. Selon certaines maîtresses, les enfants étaient plus concentrés et moins fatigués qu'habituellement. On ne résoudra pas le problème de l'échec scolaire uniquement avec un exercice de ce type, mais il est intéressant de constater que cela a un impact évident sur la concentration en général. En revanche, je ne pense pas qu'il faille absolument dire au gens, pour vous occuper : faites ci ou ça. Premièrement, les gens trouvent toujours leurs propres solutions en fonction de leurs goûts, de leurs hobbies, etc. Deuxièmement, le but de l'expérience est aussi d'apprendre à s'ennuyer. Et oui ! S'ennuyer c'est bon pour tout le monde et aussi pour les enfants. Ca oblige à réfléchir, à se poser des questions, à mobiliser des ressources inattendues ou inhabituelles pour s'occuper. Et c'est exactement pareil pour les grands. On ne peut pas toujours être dans la fuite en avant. Enfin combattre la frustration, faire preuve de volonté et y trouver du plaisir, c'est une certaine forme de discipline de soi très gratifiante (et peu valorisé dans nos sociétés du « plaisir » à tout prix qui doit être immédiatement « satisfait » dans le but de recréer un nouveau désir très vite !). Les enfants sont tous très fiers d'avoir tenu !

 

Propos recueillis par Julie Montaudon

 

publicite

Newsletter graine de curieux

Recevez chaque semaine la newsletter Graine de curieux

mot de passe oublié

Fermer

Un email avec votre mot de passe vient de vous être envoyé.