Qu’apporte l’éveil musical à un enfant ?
En premier lieu, l’écoute. C’est la base de tout. La musique – et les arts en général – permettent aussi de s’épanouir, d’être plus à l’aise. C’est important pour l’équilibre de l’être humain. On s’exprime toujours à travers la parole, mais certains enfants ne sont pas à l’aise avec les moyens d’expression classiques. J’avais dans mon cours une petite Asiatique qui ne parlait pas et qui était très renfermée. Un jour, j’ai apporté un petit instrument à corde en forme de cithare. Quand elle a entendu les sons, elle s’est tout de suite redressée et s’est mise à sourire. Cette musique a eu sans conteste une résonance en elle.
Il y a aussi des bénéfices secondaires…
Oui, parce qu’on ne fait pas que de la musique, on développe aussi la socialisation, comme savoir se taire ou avoir une démarche de groupe. On travaille aussi tout ce qui est corporel : le rythme ne peut pas s’apprendre en restant assis, il faut l’appréhender avec son corps. C’est une façon d’aborder les notions de latéralisation et de schéma corporel.
Enfin, étudier le lien entre graphisme et son aide également les enfants dans l’apprentissage de la lecture.
L’éveil musical, dites-vous, est utile à tout âge…
Souvent, on fait de l’éveil musical avant 6 ans et ensuite, on passe « aux choses sérieuses », à la lecture des notes et à la pratique de l’instrument. Mais moi, je travaille aussi avec des groupes d’instrumentistes en adaptant les jeux que je fais avec les plus petits. C’est important parce quand un enfant apprend un instrument, il est considéré comme interprète, pas comme créateur. Dans les autres arts (peinture, modelage), on trouve normal d’inventer des choses. Alors qu’en musique, l’improvisation est « réservée » à ceux qui savent déjà très bien jouer. Je connais des grands concertistes qui sont complètement perdus sans leur partition et qui ne savent pas inventer trois notes ! Or, savoir improviser, jouer en se promenant, oublier pendant un temps les consignes, tout cela permet d’être plus libre avec son instrument.
Propos recueillis par Natacha Czerwinski.