Quelles sont leurs réactions ? Quels contes préfèrent-ils ?
Les enfants réagissent souvent aux histoires drôles et aux situations comiques de manière spontanée : ils rient beaucoup et comprennent les jeux de mots. Lorsque le héros court un danger ou que l’histoire est sur le registre de l’aventure et de la quête, ils sont plus calmes, tout à fait à l’écoute des péripéties du personnage, ce qui ne les empêche pas de réagir lorsque notre héros va se battre avec un monstre au terme de sa quête. Selon moi, les enfants ne préfèrent pas de conte en particulier : ce sont des goûts individuels qui se dessinent très vite mais il est impossible de faire des généralités.
Quels sont vos conseils aux parents qui ont envie de donner le goût de la lecture à leurs enfants ?
Pour donner le goût de la lecture aux enfants, il est important, à mon sens, de proposer très tôt un environnement dans lequel on trouve des livres : des moments de rencontres et de manipulation du document. Temps de lecture ou découverte des images d’un livre pour un petit à la maison, moments dédiés aux livres (à la médiathèque). Je pense que les livres ne sont pas obligatoires dans une maison pour donner le goût de la lecture (même si c’est plus évident quand on est dans une maison où les livres ont une place). La bibliothèque a un grand rôle à jouer, les enfants peuvent s’approprier les lieux, les documents, découvrir les collections, à leur rythme. Petit à petit la lecture devient un plaisir spontané qui s’inscrit dans une pratique quotidienne. Ce qui est important pour donner le goût de lire, c’est que les enfants doivent sentir qu’ils ont une pleine liberté de choix. Il ne faut pas refuser de leur lire plusieurs fois la même histoire (cela les rassure de savoir ce qu’il va se passer).
L’histoire du soir est-elle essentielle dans ce processus ?
L’histoire du soir n’est pas une obligation : on n’est pas un mauvais parent si on ne lit pas d’histoires le soir avant de se coucher. Néanmoins c’est un moment privilégié pour transmettre le goût de la lecture et permettre à l’enfant de passer une bonne nuit. Si les parents sont là, c’est bien de l’introduire dans le rituel du coucher. C'est un bon moyen d’installer le livre dans le quotidien de l’enfant, l'histoire permet une transition, un moment de calme (propice à l’imaginaire et à la rêverie), qui suspend le temps, où l’enfant peut se tranquilliser d’avoir au moins un parent auprès de lui. C’est un temps de partage où le contenu des histoires peut faire passer plein de choses : des émotions mais aussi des messages liés aux préoccupations personnelles de l’enfant (Le cauchemar dans mon placard est idéal à lire pour dédramatiser la période « cauchemars » de l'enfant).
Pour résumer, l’histoire du soir est un moment de partage, pas obligatoire mais important quand il est instauré : il permet à l’enfant de ritualiser le coucher et de glisser vers le sommeil grâce à l’imaginaire et à la présence rassurante des parents. C’est aussi un moment de tendresse et de complicité.
Propos recueillis par Julie Montaudon