Le travail doit être fait à l’école. Il est illusoire de croire que les mômes vont réussir à la maison ce qu’ils n’ont pas réussi à faire en classe. Aucune étude n’a jamais prouvé l’utilité des devoirs. Par contre, la guérilla familiale, le temps perdu, ça, ça existe bel et bien ! Le monde de l’entreprise cherche des gens autonomes capables de travailler en groupe et l’Education nationale forme le contraire : des individus sous pression qui travaillent seuls.
Mais comment bien occuper le temps laissé ainsi « vacant » ?
L’idée n’est bien sûr pas de tout renvoyer sur la responsabilité des familles, car celles-ci ne sont pas égales financièrement parlant. Il faut assurer une équité réelle dans ce qu’on offre et cela passe par une réflexion sur la gratuité et les contenus. Plus qu’une somme d’activités, il faut avoir un projet éducatif. C’est localement, au niveau des communes, que les choses doivent être définies. Il faut initier le dialogue et mettre en cohérence de tous les acteurs (mairie, parents, associations) pour faire ce que nous appelons de la co-éducation. Il y a déjà des villes qui ont des projets éducatifs très élaborés, où par exemple les menus de la cantine sont pensés avec une diététicienne et ensuite « étudiés » en classe lors de sessions de découverte sur la cuisine. Quand un tel projet est mis en place, les financements suivent.
Il faut également veiller, dites-vous, à ne pas faire de « l’intelli-chiant »…
Oui. Ce temps dégagé doit être un temps éducatif non contraint, sans la pression des notes. Proposer des cours d’anglais ? Non ! Il vaut largement mieux organiser une sortie au cinéma pour voir un film en version originale, afin que les élèves entendent de l’anglais dans un contexte qui leur donne envie de progresser. Vous savez, tous les jeunes qui chantent en anglais dans leurs groupes de rock ont rarement appris leurs textes à l’école !
Dans sa vie de tous les jours, un enfant a accès à énormément de contenus, de sources d’information. Le rôle de l’école, c’est d’aider les élèves à faire le tri et de « refaire du savoir ». Il faut permettre à tous les jeunes d’aller voir au-delà de leur quartier, de se confronter à l’inconnu, de développer leur esprit critique. Sans pour autant être dans une consommation d’activités. Il ne s’agit pas non plus de remplir toutes les « cases ». Le temps perdu à s’ennuyer est également très important pour le développement de l’enfant.
Propos recueillis par Natacha Czerwinski.
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